Reprendre un commerce, c'est aussi reprendre un local avec son histoire : une installation électrique plus ou moins récente, une entrée parfois inaccessible en fauteuil roulant, des issues encombrées, un agencement pensé pour une autre activité. Avant de signer, faites chiffrer les travaux de mise aux normes et d'aménagement, car ils pèsent sur le prix que vous êtes prêt à payer et sur la date à laquelle vous pourrez ouvrir. Un local qui reçoit des clients est un établissement recevant du public : la plupart des travaux intérieurs y demandent une autorisation de la mairie, instruite en quatre mois.
La réponse courte tient en trois temps. Avant la reprise : diagnostic du local, lecture du bail et devis. Pendant les formalités : dépôt des demandes d'autorisation, choix des artisans, commande du mobilier et de l'enseigne. Après la reprise : travaux, contrôles, attestation d'accessibilité et ouverture. Ce guide détaille chaque poste (accessibilité, sécurité incendie, agencement, électricité, enseigne, budget et calendrier), avec un point particulier sur les commerces réglementés comme l'officine de pharmacie.
Que faut-il vérifier dans le local avant de signer ?
Le diagnostic du local se fait idéalement avec un artisan de confiance ou un maître d'œuvre, mètre et lampe en main. L'objectif n'est pas de tout chiffrer au centime, mais de repérer ce qui coûtera cher ou bloquera l'ouverture : une marche à l'entrée, une porte trop étroite, un tableau électrique ancien, des traces d'humidité, une réserve sans aération. Demandez aussi au cédant les documents de l'établissement : registre de sécurité, registre public d'accessibilité, attestation d'accessibilité, rapports de vérification des installations. Leur absence est déjà une information.
La liste de vérification du local
- Entrée : présence d'une marche ou d'un ressaut, largeur de la porte, sens d'ouverture.
- Circulations : largeur des allées, obstacles, accès à la réserve et aux sanitaires.
- Électricité : âge du tableau, présence de différentiels, prises multiples, câbles apparents.
- Éclairage de sécurité : blocs autonomes au-dessus des sorties, état de fonctionnement.
- Extincteurs : nombre, date de la dernière vérification, emplacement visible.
- Bâti : fissures, humidité, état des plafonds et des sols, ventilation de la réserve.
- Façade : état de la vitrine, de l'enseigne, du rideau métallique ou de la grille.
Pour les murs et les plafonds, distinguez les microfissures sans gravité des fissures qui traduisent un mouvement du bâti : ces dernières justifient l'avis d'un professionnel avant tout engagement. Une fissure qui traverse un mur porteur ou s'élargit relève du propriétaire des murs et doit être expertisée avant tout engagement, car elle peut retarder l'ensemble du chantier.

Qui paie quoi : le bail commercial
Lisez la clause travaux du bail avant de chiffrer quoi que ce soit. Le Code de commerce interdit de mettre à la charge du locataire les grosses réparations au sens de l'article 606 du Code civil (gros murs, poutres, couverture) : elles restent au bailleur. L'entretien, la peinture, la plomberie ou le chauffage peuvent en revanche vous incomber selon le bail. Les travaux qui touchent à la structure, à la façade ou aux réseaux communs demandent presque toujours l'accord écrit du propriétaire, et celui de la copropriété si l'immeuble en compte une.
Votre commerce est-il un établissement recevant du public ?
Dès qu'un local accueille des clients, il devient un établissement recevant du public, ou ERP. Il est classé par type, selon l'activité (le type M regroupe par exemple les magasins de vente), et par catégorie, selon l'effectif qu'il peut recevoir. La 4e catégorie va jusqu'à 300 personnes, les trois premières au-delà ; la 5e catégorie regroupe les petits établissements, sous les seuils fixés pour chaque type. Pour un magasin, elle s'applique tant que l'effectif du public ne dépasse ni 200 personnes au total, ni 100 personnes en sous-sol ou en étage.
L'effectif théorique se calcule à partir de la surface accessible au public, selon des ratios propres à chaque type : pour un magasin de vente, les services d'incendie retiennent en général une personne pour 3 m² au rez-de-chaussée. La plupart des boutiques de quartier restent donc en 5e catégorie, qui obéit à des règles simplifiées et n'est pas soumise aux visites périodiques de la commission de sécurité, sauf si l'établissement comporte des locaux d'hébergement. Ce classement conditionne tout le reste : nombre de sorties, équipements de sécurité, procédure d'autorisation.
Quelles autorisations demander avant les travaux ?
Dans un ERP, les travaux intérieurs (cloisons, revêtements, installations techniques, changement d'activité sans changement de destination) nécessitent une autorisation de travaux délivrée par la mairie, avec le formulaire cerfa 13824. Le dossier comporte un volet sécurité et un volet accessibilité, examinés par la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité. Le délai d'instruction est de quatre mois à compter d'un dossier complet. Si les travaux modifient la façade ou la destination du local, une déclaration préalable ou un permis de construire s'ajoute.
| Démarche | Quand elle s'impose | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Autorisation de travaux ERP (cerfa 13824) | Travaux intérieurs, changement d'activité, mise en accessibilité | 4 mois d'instruction |
| Déclaration préalable et demande ERP | Modification de la façade, de la vitrine, changement de destination sans travaux de structure | 4 mois d'instruction |
| Permis de construire et dossier ERP | Changement de destination avec travaux sur la structure ou la façade, extension importante | 5 mois d'instruction |
| Autorisation d'enseigne (cerfa 14798) | Selon la commune : règlement local de publicité, abords de monuments, secteurs protégés | 2 mois au plus |
| Attestation d'accessibilité | À la fin des travaux, transmise à la préfecture | Après réception |
Pour l'enseigne, renseignez-vous en mairie avant de commander quoi que ce soit : dans de nombreuses communes, toute nouvelle enseigne, ou son remplacement, doit être autorisée au préalable, et l'architecte des Bâtiments de France donne son accord aux abords des monuments historiques. Le silence de l'administration au terme du délai vaut en général accord, mais seulement pour un dossier complet. Un dossier mal ficelé repart pour un tour, et c'est souvent lui qui décale une ouverture.
Accessibilité : ce que demandent les règles
Un ERP existant doit permettre à une personne handicapée d'entrer, de circuler et d'accéder aux prestations. Les règles techniques figurent dans l'arrêté du 8 décembre 2014, qui tient compte des contraintes du bâti ancien. Elles portent sur le cheminement extérieur, l'entrée, les circulations, les portes, l'accueil, les sanitaires ouverts au public, l'éclairage et la signalétique. Quelques valeurs à connaître pour juger un local à la visite :
- Ressaut à l'entrée : 2 cm au plus, ou 4 cm si son bord est chanfreiné en pente de 33 % au maximum.
- Plan incliné : pente de 6 % au plus, tolérée à 10 % sur 2 m et à 12 % sur 50 cm.
- Porte d'un local de moins de 100 personnes : largeur nominale de 0,80 m au minimum.
- Banque d'accueil : une partie utilisable assis, à 0,80 m de haut au plus, avec un vide en dessous pour les genoux.
Si une règle ne peut pas être respectée, la demande d'autorisation peut comporter une demande de dérogation, point par point, pour impossibilité technique, contrainte patrimoniale, coût disproportionné ou refus de la copropriété. Dans un ERP de 5e catégorie, une mesure de substitution doit alors permettre l'accès au service dans la partie accessible. À la fin des travaux, l'exploitant d'un établissement de 5e catégorie remplit lui-même l'attestation d'accessibilité et tient à jour le registre public d'accessibilité, consultable à l'accueil.
Sécurité incendie : les règles d'un petit commerce
Le règlement de sécurité contre l'incendie des ERP poursuit trois objectifs : permettre l'évacuation rapide du public, faciliter l'intervention des secours et limiter la propagation du feu. Pour un établissement de 5e catégorie, les exigences sont proportionnées à l'effectif. Elles portent d'abord sur les dégagements, c'est-à-dire les sorties : en dessous de 20 personnes, une sortie de 0,90 m suffit ; de 20 à 50 personnes, il faut une sortie de 1,40 m, ou deux sorties ; au-delà, deux sorties sont exigées, et les portes extérieures s'ouvrent dans le sens de l'évacuation.
Viennent ensuite les équipements : au moins un extincteur pour 300 m² et un par niveau, un éclairage de sécurité qui signale les sorties, un système d'alarme dont l'exploitant choisit le matériel, et un moyen d'appeler les secours. Les matériaux d'aménagement doivent aussi répondre à des exigences de réaction au feu, plus strictes au plafond qu'au sol : demandez systématiquement les procès-verbaux de classement des revêtements, faux plafonds et éléments de décoration à vos fournisseurs. Enfin, l'exploitant tient un registre de sécurité où sont notés les vérifications, les consignes et les travaux réalisés, avec le nom des entreprises.
Agencement et mobilier : organiser le local
Un bon agencement part du parcours du client et du travail de l'équipe. Tracez le plan du local à l'échelle, puis placez dans l'ordre l'entrée et sa zone d'accueil, la circulation principale, les zones de présentation, le comptoir ou la caisse, puis la réserve et les locaux du personnel. Gardez des allées dégagées, assez larges pour un fauteuil roulant ou une poussette, et ne bloquez jamais un dégagement avec un présentoir. La caisse se place en général près de l'entrée, avec une vue sur l'ensemble de la surface de vente.
Le mobilier se choisit en fonction de l'usage et de l'entretien : surfaces lessivables, chants résistants aux chocs, fixations murales adaptées au support. Commandez-le tôt, car les délais de fabrication d'un agencement sur mesure se comptent souvent en semaines. Si vous devez créer un bureau, une cabine d'essayage ou un espace de conseil isolé, pensez au son autant qu'à la vue : les principes de la cloison en isolation acoustique s'appliquent aussi à un local commercial, avec des matériaux dont le classement au feu convient à un ERP.
Électricité, éclairage et confort
L'installation électrique d'un commerce doit être conforme aux normes en vigueur, et le règlement des petits ERP interdit les fiches multiples : prévoyez donc assez de prises fixes pour ne pas multiplier les blocs et les rallonges. Faites établir un état des lieux par un électricien qualifié avant de chiffrer. Un tableau ancien sans protection différentielle, des circuits surchargés ou des câbles apparents imposent souvent une reprise complète, qu'il vaut mieux engager avant la pose des revêtements et du mobilier.
L'éclairage est un outil de vente autant qu'une question de confort : un éclairage général homogène, des spots orientables pour les produits, une lumière plus douce dans les zones de conseil. Privilégiez des luminaires à LED, avec un bon rendu des couleurs pour les produits de beauté, d'alimentation ou de mode. Pensez enfin au chauffage, à la climatisation et à la ventilation, surtout dans une réserve sans fenêtre. L'exploitant doit ensuite faire vérifier périodiquement l'électricité, l'éclairage, le chauffage et les moyens de secours par un technicien compétent.
Le cas des commerces réglementés comme l'officine
Certaines activités ajoutent leurs propres règles à celles des ERP : hygiène pour les métiers de bouche, licence pour les débits de boissons, et surtout code de la santé publique pour l'officine de pharmacie. Dans ce dernier cas, la reprise passe le plus souvent par un cabinet de transaction spécialisé, qui accompagne la démarche pour acheter une pharmacie : estimation de l'officine, audit, montage du financement. Profitez de cet audit pour faire chiffrer les travaux, car l'état des locaux pèse sur la valeur et sur votre trésorerie des premiers mois.
Les locaux d'une officine obéissent aux articles R. 5125-8 à R. 5125-11 du code de la santé publique. Les grilles d'instruction des agences régionales de santé vérifient notamment que les locaux forment un ensemble d'un seul tenant, indépendant du reste de l'immeuble, et qu'un espace de confidentialité est accessible depuis l'espace client, isolé phoniquement et visuellement, sans accès possible aux médicaments. Ces exigences guident tout le plan : comptoir, zone de conseil, stockage, éventuel préparatoire.
Toute modification substantielle des conditions d'installation (surface, local de stockage, aménagement du bâti, nouvelle activité, déplacement provisoire pendant le chantier) se déclare au directeur général de l'agence régionale de santé et au conseil régional de l'ordre des pharmaciens. Les guides des agences indiquent un délai de deux mois avant la mise en œuvre, avec des plans cotés avant et après travaux. Cette déclaration s'ajoute à l'autorisation de travaux de la mairie : les deux calendriers doivent avancer ensemble.
Budget et calendrier : avant ou après la reprise ?
Le budget des travaux dépend surtout de l'état du local, de l'ampleur de la mise aux normes et du niveau de finition de l'agencement : un simple rafraîchissement n'a rien à voir avec la création d'une rampe, la reprise de l'électricité et un mobilier sur mesure. Faites établir des devis détaillés par poste, et ajoutez une réserve de 10 à 20 % pour les imprévus, plus élevée dans un bâtiment ancien. Pensez aussi au coût indirect : chaque semaine de fermeture est une semaine sans chiffre d'affaires.
Avant la reprise, vous pouvez faire visiter le local, obtenir les devis, préparer et parfois déposer les demandes d'autorisation, avec l'accord du cédant et du bailleur. Après la reprise, viennent les travaux eux-mêmes, que vous ne pouvez engager qu'une fois titulaire du bail. Une stratégie fréquente consiste à ne faire d'emblée que l'indispensable (sécurité, accessibilité, électricité) et à étaler l'agencement plus confortable sur une période creuse, en gardant le commerce ouvert.
Coordonner les artisans et réceptionner le chantier
Dans un local commercial, l'ordre des interventions compte autant que leur qualité. Une erreur fréquente consiste à poser le sol neuf avant que l'électricien ait passé ses gaines, ou à livrer le mobilier dans un local encore poussiéreux. Si vous n'avez pas le temps de suivre le chantier au quotidien, un maître d'œuvre ou un architecte d'intérieur peut planifier les interventions, tenir les réunions de chantier et contrôler les factures. Pour un chantier court et bien défini, une entreprise générale peut aussi coordonner les corps de métier.
- Dépose de l'ancien agencement et évacuation des déchets.
- Gros œuvre éventuel : ouverture de baie, rampe, reprise de seuil.
- Réseaux : électricité, plomberie, ventilation, chauffage.
- Cloisons, faux plafonds, doublages.
- Revêtements de sol et peinture.
- Pose du mobilier, de l'enseigne et des équipements de sécurité.
- Vérifications, réception avec réserves éventuelles, nettoyage, ouverture.
À la fin du chantier, la réception se fait avec chaque entreprise, par écrit, en notant les défauts constatés sous forme de réserves. Rassemblez ensuite les pièces qui vous seront demandées : attestation d'accessibilité, procès-verbaux de réaction au feu, rapports de vérification, factures. Classez-les dans le registre de sécurité et le registre public d'accessibilité dès l'ouverture : ce sont ces documents que vous présenterez en cas de contrôle, et que votre propre successeur vous demandera un jour.
Questions fréquentes
Faut-il une autorisation pour repeindre un commerce ?
Un simple rafraîchissement des peintures intérieures, sans changer les matériaux ni l'agencement, ne demande en général pas d'autorisation. Dès que vous modifiez des cloisons, des revêtements ou des installations techniques dans un ERP, une autorisation de travaux est en revanche nécessaire. Pour la façade ou la vitrine, une déclaration préalable s'impose. En cas de doute, posez la question au service urbanisme de la mairie avant de commencer.
Combien de temps prévoir avant de pouvoir ouvrir ?
Comptez au minimum le délai d'instruction de l'autorisation de travaux, soit quatre mois à partir d'un dossier complet, puis la durée du chantier lui-même, qui va de quelques jours pour un rafraîchissement à plusieurs semaines pour une mise aux normes complète. Ajoutez les délais des artisans et du mobilier sur mesure. Un projet bien préparé avant la reprise réduit nettement la période de fermeture.
Qui paie la mise aux normes du local ?
Cela dépend du bail et de la nature des travaux. Les grosses réparations touchant la structure restent au propriétaire, en vertu du Code de commerce. Les travaux de mise en conformité liés à votre activité sont souvent à la charge du locataire, mais le bail peut prévoir une autre répartition. Lisez attentivement la clause travaux, et négociez-la si possible avant de signer la cession.
Mon commerce est trop petit pour être accessible : que faire ?
Commencez par faire étudier les solutions : rampe amovible, sonnette d'appel, réaménagement de l'entrée, banque d'accueil abaissée. Si une règle reste impossible à respecter, une dérogation peut être demandée point par point, pour impossibilité technique, contrainte patrimoniale ou coût disproportionné. Dans un établissement de 5e catégorie, une mesure de substitution doit alors permettre aux personnes handicapées d'accéder au service.
Un petit commerce reçoit-il la visite de la commission de sécurité ?
Les établissements de 5e catégorie sans locaux d'hébergement ne sont pas soumis aux visites périodiques de la commission de sécurité. Les règles s'appliquent pourtant pleinement : sorties dégagées, extincteurs, éclairage de sécurité, alarme, vérifications périodiques des installations par un technicien compétent. Le maire peut aussi faire contrôler un établissement à tout moment, notamment après une plainte ou un incident.
Peut-on rester ouvert pendant les travaux ?
C'est possible pour des travaux limités, à condition de séparer clairement le chantier de la zone ouverte au public, de garder les sorties dégagées et de ne pas dégrader la sécurité. Pour une mise aux normes lourde ou un changement d'agencement complet, une fermeture courte et bien planifiée est souvent plus efficace et plus sûre pour les clients comme pour les artisans.